Questions & réponses

40 questions sur
l'entente de voix

Des réponses honnêtes, sans jargon. Fondées sur l'approche du film : écouter au lieu de réprimer. Choisissez qui vous êtes, et vous ne verrez que les questions qui vous concernent.

J'entends des voix, suis-je en train de devenir fou ou folle ?

Non. Environ une personne sur dix entend des voix à un moment de sa vie : après une perte, en période de stress, ou sans raison apparente. C'est une expérience humaine, et rien ne prouve que quelque chose en vous soit irrémédiablement cassé. Beaucoup de personnes s'en effraient, mais la plupart apprennent à vivre avec.

Suis-je le seul ou la seule ?

Loin de là. Rien qu'aux Pays-Bas (18 millions d'habitants), 300 000 personnes entendent des voix en ce moment même (prévalence ponctuelle de 1 à 2 %) ; la plupart n'en parlent pas. Dans le film, vous voyez cinq personnes qui, elles, en parlent, et dans plus de 40 pays il existe des réseaux d'entendeurs de voix qui s'entraident (le réseau Hearing Voices).

Devrais-je en parler à quelqu'un ? Et à qui ?

En parler apporte presque toujours un soulagement : le secret pèse souvent plus lourd que les voix elles-mêmes. Choisissez quelqu'un avec qui vous vous sentez en sécurité : un ami, un membre de votre famille ou votre médecin traitant. Vous n'êtes pas obligé·e de tout raconter d'un coup ; « il m'arrive d'entendre des choses que les autres n'entendent pas » suffit pour commencer.

Pourquoi est-ce que j'entends des voix ?

Il n'y a pas de réponse simple, et les explications sont nombreuses. Chez beaucoup de personnes, les voix s'avèrent liées à ce qu'elles ont vécu : une perte, du harcèlement, des violences, ou une période de stress intense. Dans l'approche montrée dans le film, ce lien avec les événements de la vie est justement exploré : ce qu'une voix dit renvoie souvent à quelque chose qui demande de l'attention.

L'entente de voix est-elle héréditaire ?

Non. La prédisposition génétique n'explique qu'une partie de l'histoire, et nous ne savons d'ailleurs pas comment. Bien plus souvent, entendre des voix est lié à ce que la personne a vécu (une perte, du stress, un événement bouleversant) qu'à ce qu'elle a hérité. Une prédisposition peut jouer dans la sensibilité, mais elle n'est jamais toute la réponse, et certainement pas une raison de penser que quelque chose serait « cassé » dans votre cerveau.

Entendre des voix, est-ce que cela veut dire que j'ai une schizophrénie ?

Non. Entendre des voix est une expérience, pas un diagnostic. Beaucoup d'entendeurs de voix ne reçoivent jamais de diagnostic psychiatrique et mènent une vie ordinaire. Que vous ayez besoin d'aide dépend de la souffrance que vous ressentez, pas d'une étiquette. C'est exactement la question que le film pose à la psychiatrie.

Dans ma culture, les voix sont interprétées autrement. Comment cela s'accorde-t-il avec cette approche ?

Très bien. Dans de nombreuses cultures, les voix sont vues comme des ancêtres, des esprits ou des messagers spirituels, pas comme une maladie, et cette interprétation n'a pas à entrer en conflit avec l'approche du film. Le point de départ est le même : écouter ce que la voix signifie dans la vie et le monde de la personne, au lieu de médicaliser aussitôt cette signification. Autant que possible, nous rejoignons la façon dont la personne comprend déjà elle-même son expérience.

Dois-je faire ce que les voix me disent ?

Non. Jamais. C'est vous qui décidez : une voix peut être entendue sans être aux commandes. Beaucoup de personnes apprennent à passer des accords avec leurs voix et à poser des limites. Une voix vous dit de vous faire du mal ou d'en faire à quelqu'un d'autre ? Vous n'avez jamais à porter cela seul·e : appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24) ou parlez-en dès aujourd'hui à votre soignant ou à votre médecin traitant.

Puis-je parler avec mes voix ?

Oui, c'est le cœur du film. Dans l'approche du psychiatre Dirk Corstens (Talking With Voices), la voix est invitée à entrer en conversation. Les voix s'avèrent souvent protéger quelque chose, et ce qu'elles disent peut avoir du sens. Vous pouvez apprendre à dialoguer avec vos voix ; une attitude respectueuse est un bon point de départ.

Quelle est la différence avec la thérapie Avatar ?

Les deux méthodes aident les personnes à se rapporter autrement à leurs voix, mais l'angle d'approche diffère fondamentalement. Dans la thérapie Avatar, vous apprenez surtout à changer votre propre attitude envers la voix, via une représentation virtuelle de celle-ci. Dans l'approche du film (Talking With Voices), vous entrez en relation avec la voix elle-même : qui est-elle, que veut-elle, à quoi renvoie-t-elle. Ce n'est pas une question de « mieux ou moins bien », mais c'est une distinction importante à ne pas confondre. Certains entendeurs de voix sont plus sensibles à l'une qu'à l'autre.

Ignorer ou réprimer mes voix, est-ce que ça aide ?

Pour la plupart des gens, combattre les voix produit l'effet inverse : plus vous poussez fort, plus elles poussent fort en retour. L'expérience du film et du réseau Hearing Voices est que la reconnaissance (écouter, poser des limites, comprendre) apaise la lutte. Ce qui est très différent d'obéir. Cela dit, quand les voix parlent énormément, les ignorer par moments peut aussi être nécessaire.

Que faire quand les voix sont fortes la nuit ?

Les nuits sont souvent les plus dures : vous êtes fatigué·e, seul·e et sans distraction. Ce qui aide beaucoup de personnes : l'ancrage (« nommez 3 choses que vous voyez, 2 que vous entendez, 1 que vous sentez »), une respiration calme (« inspirez sur 4 temps, expirez sur 6 »), de la musique ou une voix extérieure (podcast, livre audio). Établissez un plan pour la nuit à un moment calme, pour savoir quoi faire avant d'en arriver là.

Devrais-je prendre des médicaments ?

C'est une conversation entre vous et votre soignant, il n'existe pas de « il faut ». Les médicaments peuvent adoucir les voix et apporter du repos ; pour certaines personnes, c'est exactement ce qu'il faut, pour d'autres ils n'ont aucun effet et ne compensent pas les effets secondaires. Apprendre à vivre avec ses voix et prendre des médicaments ne s'excluent pas. Important : n'arrêtez pas et ne changez rien de votre propre initiative, une diminution est possible, mais accompagnée.

Puis-je travailler, étudier et aimer tout en entendant des voix ?

Oui. Il y a des entendeurs de voix dans tous les métiers, y compris dans le soin lui-même. Les voix peuvent rendre certaines périodes lourdes et il faut parfois ajuster sa vie en fonction d'elles, mais entendre des voix n'exclut pas une vie pleine. Les personnes du film en sont la preuve.

Les voix disparaîtront-elles un jour ?

Parfois oui, souvent pas complètement, et c'est une réponse plus honnête qu'une promesse. Ce qui peut presque toujours changer, c'est votre relation avec les voix : d'ennemies qui dirigent vos journées à quelque chose avec quoi l'on peut vivre. Beaucoup de personnes disent après coup : les voix sont toujours là, mais c'est moi qui ai repris le volant.

Où trouver d'autres personnes qui connaissent cela ?

Auprès de REV France (le réseau francophone sur l'entente de voix), vous trouverez des groupes de pairs : parler avec des personnes qui connaissent l'expérience de l'intérieur est, pour beaucoup, le plus grand pas en avant. À l'international, il y a Intervoice, l'organisation qui soutient le réseau mondial. En bas de cette page, vous trouverez les organisations par pays.

Et si je suis en crise ?

Alors il y a de l'aide, maintenant, jour et nuit. Si vous pensez au suicide : appelez le 3114, gratuit et disponible 24h/24 et 7j/7. En cas de danger vital : appelez le 112. Si vous avez un soignant, son service dispose d'une équipe de crise ; sinon, contactez votre médecin traitant ou le service de garde. Enregistrez ces numéros dans votre téléphone.

De l'aide dans votre pays

Les bonnes organisations, où que vous soyez

🇫🇷 France

REV France · Réseau sur l'entente de voix

Crise : 3114 (24/7)

🇳🇱 Pays-Bas

Stichting Weerklank · pour et par les entendeurs de voix

Ypsilon · pour les proches

Steunpunten Stemmen Horen (points d'appui régionaux) : Nijmegen · Utrecht · Den Haag · Leiden · groupes de parole

MIND Atlas · trouver de l'aide à proximité (néerlandais)

Crise : appelez d'abord votre médecin généraliste ou le service de garde · pensées suicidaires : 113 ou 0800-0113 (24/7) · danger vital : 112

🇬🇧 Royaume-Uni

Hearing Voices Network England · berceau du mouvement (Manchester)

Mind UK

Crise : Samaritans 116 123 (24/7)

🇦🇺 Australie

Hearing Voices Network Australia

SANE Australia

Crise : Lifeline 13 11 14 (24/7)

🇨🇦 Canada

Canadian Mental Health Association

Groupes Hearing Voices via Intervoice

Crise : appel ou SMS au 9-8-8 (24/7)

🇭🇰 Hong Kong

Mind HK

Hearing Voices Network Hong Kong

Crise : Samaritans 2896 0000 · Suicide Prevention Services 2382 0000

🇩🇪 Allemagne

Netzwerk Stimmenhören (NeVeR)

Crise : Telefonseelsorge 0800 111 0 111 (24/7)

🇳🇴 Norvège

Mental Helse

Groupes Hearing Voices via Intervoice

Crise : Hjelpetelefonen 116 123 (24/7)

🇩🇰 Danemark

Psykiatrifonden

Groupes Hearing Voices via Intervoice

Crise : Livslinien 70 201 201

🌍 Monde entier

Intervoice · réseaux Hearing Voices dans plus de 35 pays

Lignes de crise par pays : befrienders.org

Ces réponses sont des informations générales, pas un avis médical ni un traitement. Elles sont écrites dans la perspective du film et de l'approche Hearing Voices, et sont relues par des pairs experts d'expérience et des soignants. Pour des questions personnelles, parlez-en à votre médecin ou à votre soignant. En cas d'urgence, appelez la ligne de crise de votre pays indiquée ci-dessus.